08/10/2005

BERENICE FULL OF MALICE

Je N’ai Pas Vu Pour Vous (6)

 

Cette semaine, Je N’ai Pas Vu Pour Vous s’intéresse à Vincent Delerm, chanteur français soi-disant porte-parole des trentenaires d’aujourd’hui qui sera demain soir en concert au Cirque Royal.  

 

Bien que pourtant personnellement pile-poil en milieu de trentaine, jusqu’à ce que je fasse ma petite enquête, je ne savais absolument pas qui c’était. Jamais vu, jamais entendu. Je me disais, Vincent Delerm, Vincent Delerm… Ben, ça doit être le leader de ce groupe reggae de Lyon, le Peuple Delerm. Ou alors, le frère de ce fameux mannequin grec à la sexualité ambiguë du nom d’Aphrodite. Parce que Delerm Aphrodite, bien sûr…

 

Ben non, Vincent Delerm, c’est d’abord le fils à Philippe Delerm. Alors, Philippe Delerm, moi je ne l’ai jamais lu mais il paraît que ce romancier est capable d’écrire un bottin entier rien que sur le fait d’écosser des petits pois ou de regarder la mousse sur un bord de verre à bière.

 

La pomme ne tombant jamais loin de l’arbre, il semblerait que le fiston soit lui aussi un rien neuneu façon Alexandre Jardin puisque j’ai capté sur Internet quelques-uns de ses textes et c’est pas du cake façon commerce équitable, il y a au contraire vraiment du gros grumeau dedans :  

 

 «Tu fais partie des filles qui ramassent des jonquilles, j’appartiens à ce clan qui carresse les juments. », qu’il nous chante, le Philou. Alors, c’est évidemment plus poétique et littéraire que « Mon père était vétérinaire, il soufflait dans le trou de balle des chevaux, avec un petit tube en verre, ce n’était pas très comme il faut… ». Je vous épargne la suite parce qu’évidemment, un jour, dans la chanson, le cheval souffle en premier.

 

Enfin soit, la prose à Delerm, c’est pas vraiment ce qu’on appelle des rimes riches. Or, du  tout couillon comme ça, n’importe qui est capable de faire fuser. Tenez : « Bérénice, vous qui n’êtes que malice, que diriez vous d’un bâton de réglisse ? » Ou encore : « Marc Oschinsky… C’est l’heure de votre biscuit ! Du bon grain pour piou piou, pour rester malin et pas tout mou ! »

 

Mais il y a pire. En fait, le truc à Delerm, c’est d’écrire majoritairement sur des photos de Fanny Ardant, des bouquins de Bukowski et des disques de Veruca Salt et Frank Black. Bref, ce type nous décrit à chaque chanson l’intérieur de son appartement…

 

Mais là, je préfère arrêter de tenter de faire la même chose parce que « Petit Cafard, que fais-tu sur mon falzar, trônant sur la télévision, avec mes chaussettes marathon », ça donne trop bien un aperçu de ce qu’est vraiment mon intimité et c’est pas votre bizz!  

 

Tiens, au fait, vous n’avez pas envie de passer un disque, il faudrait que j’aille faire rimer cuvette et coucougnettes.

 

BREAK

 

On s’est penché avant le break sur les textes à Vincent Delerm, qui je vous le rappelle, est en concert demain soir au Cirque Royal. Mais Vincent Delerm, ce ne sont pas que des textes, Vincent Delerm, c’est aussi une voix !  

 

Alors là, c’est pour moi assez difficile. Je suis IN-CA-PA-BLE de l’imiter. C’est un peu plat, un peu faux, j’ai lu sur un forum Internet que ses détracteurs la comparaient à celle d’Homer Simpson. On m’a aussi dit, et ça c’est authentique de chez vrai, qu’au Conservatoire Flamand de Bruxelles, on s’amusait pas mal à imiter Vincent Delerm histoire de chauffer sa voix avant les cours.

 

Toutes ces anecdotes aidant, on aura compris que le Monsieur énerve les uns autant qu’il ne plaît aux autres. « C’est le Lou Reed français : dans ses chansons, on finit les restes de blanquette », écrivent les enthousiastes. « En ce moment, ma vie est nulle, elle ressemble vraiment à une chanson de ce gros pitre de Vincent Delerm », répondent les autres. Alors que penser de Vincent Delerm ?

 

La réponse, c’est Dieu qui me l’a donnée, sous forme d’une invitation glissée dans ma boîte aux lettres à une « séance de nettoyage spirituel ». Venez et recevez la puissance du Saint-Esprit, qu’il est dit. Apportez CV, dossiers, papiers, photos, vêtements pour qu’ils soient bénis en anglais et en portugais, tout cela en plein milieu d’Anderlecht.

 

Mais c’est tip-top pareil, me suis-je exclamé ! Pourquoi marchent toutes ces arnaques new-age ? Parce que le peuple a l’impression qu’on l’écoute et qu’on le comprend. Delerm, c’est pareil, il chante les filles qui ont vu Rain Man trois fois, les jeunes hommes à blazers de velours côtelé bruns qui adoooorent François Truffaut et badaboum, c’est comme un nettoyage spirituel pour bobos : ils se sentent COM-PRIS !

 

Alors, moi je dis : demain, au Cirque Royal, il faut amener vos cadres de stars de cinéma de qualité française, vos futons de chaînes de meubles suédoises, vos chandeliers en plastique mauve, vos disques de Veruca Salt et Frank Black, vos bouquins de Bukowski… Et Vincent Delerm va les bénir pour vous, puisqu’il a déjà chanté chacun de ces objets. Et tout le monde va trouver ça très décalé, très farce, très bobo, quoi. Bref, ça va être la fête à neuneu et certains vont avoir envie d’y aller avec la ceinture de dynamite.

 

Mais bon, comme à l’Ancienne Belgique, c’est Pragha Khan, hun schlagertechno en hun dikke vulgairen titties, vaut peut-être quand même filer voir Delerm puisque c’est quand même moins pire, après tout.


19:53 Écrit par dikke jiss | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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