25/04/2006

LA SOCIETE DE CONVERSATION

Cette sinistre affaire de la Gare Centrale aura au moins prêté à sourire (jaune) sur un point : la façon dont elle fut commentée tant sur les blogs que dans les cafés du commerce et les médias confirme qu’on n’a plus besoin de savoir quoi que soit pour aller prétendre tout et son contraire. C’était (et cela reste) –entre autres- la faute aux bougnoules, au laxisme, au socialisme, au libéralisme, à Nike et à Apple….

Chacun y est allé de sa petite certitude alors qu’il n’y en avait aucune, de certitude, que des individus mal identifiés avaient tout bonnement disparus de la surface de la terre, emmenant dans le secret leurs motifs et leurs aveux. Les doigts plus ou moins vengeurs se sont cherchés un bouc émissaire et ont désignés les habituels croquemitaines du tissu social : les sarazins voleurs de poules, les feignasses scolaires, les politiciens corrompus, les flics pansus… On a parlé de réaction citoyenne exemplaire alors qu’il n’y a eu –mis à part du côté de la famille de Joe, effectivement très digne- qu’étalage de belgitude ordinaire : radotages de gros cons, racisme et récupération ordurière.

Le meurtrier et son complice étant finalement polonais –autant dire plus européens qu’une majorité d’entre-nous, avec notre sang venu d’on ne sait où-, la sentence serait cruelle pour tous ces donneurs de leçons. Encore que cela ne les arrêtera sans doute pas. Ils n’ont plus besoin d’informations, leur stock d’idées fixes suffit. Il ne s’agit plus pour eux de discuter ou de débattre des faits, il s’agit de greffer le plus vite possible, sur n’importe quel évènement, leur propagande personnelle.

Bientôt, ils en arriveront à discuter d’évènements avant même qu’ils ne se produisent. Un pochard sort du Walvis, glisse sur le pavé, tombe la tête la première dans le canal et se noie. Ce serait la faute aux socialistes, aux libéraux, à l’inventeur du pavé, au canal mal drainé, au professeur de gym trop laxiste qui a permis au type de brosser les cours de natation quand il était gamin, à Vedett, à Frédéric Nicolai, à John Coltrane qui passait sur la sono… Tout cela pour dire que la société de conversation, ça nous fait beaucoup de concierges dans l’escalier.

18:02 Écrit par dikke jiss | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

10/04/2006

HEIDI, HEIDI...

 

Déjà célèbre pour être l’un des seuls politiciens au monde à ne pas avoir délégué son blog à un quelconque porte-serviette, ne pas en modérer les commentaires et franchement flirter avec cette hype politique que sont les théories libertariennes, le sénateur Alain Destexhe annonce un autre buzz : sa campagne pour les élections communales de 2006 a entièrement été pensée en lisant les magazines Purple, Wired, Wallpaper et Technikart. Voici, en exclusivité, son pense-bête pour quand il se fera interviewer par Pascal Vrebos :

 

« Toute ma life, j’ai conceptualisé un Auderghem en complète configuration wi-fi par rapport aux partis établis. Un Auderghem hi-profile, qui dégage une vibe fashion et bio tout en conservant ses roots campagnardes. Un Auderghem pour les girls next door, les tech-kids, les wonderboys de l’uplifting libéral. C’est total-növö dans le panel politique, nobody n’a jamais trendsetté de la sorte. Les wannabes, les has-been, les neverseen, c’est touche delete : here comes AD (pronounce Heïdi), pure product, pure concept. Laurence Parisot in a corps d’homme, avec une tête moins Name Of The Rose et a nicer tie.  

 

Auderghem-Silicon Valley, in the mix : virer la brocante pour la remplacer par un sino-indo fresh food market, virer la discothèque Le Cactus et sa lose claudo-françilienne pour ouvrir un post-lounge no-smoke cheese & wine, Claude Challe, Phil Stark style.

 

Auderghem, le laboratoire social : délocaliser les registres de la population, si t’es pas wired, quand t’es newcomer dans la commune, tu dois aller le dire à Diegem (because accords B2B flemish-friendly). Auderghem, Kyoto, share the spirit : un péage à l’entrée du viaduc, réintroduire des ours à Val Duchesse.

 

Auderghem, capitale culturelle : upgrader le label Rouge Cloître, Palais de Bangalore sonne mieux, plus hype, plus libéral. Projet pour le Centre Culturel : Agathe Lecaron et Bérénice reprennent Dancing In The Dark de Lars von Trier, total tribute to Robert Wilson transgenre. Beautiful people on the list, le kick, la win attitude… Here comes AD (pronounce Heïdi) with more appetite than a barracuda. Ba-ra-cu-da!   

 

17:15 Écrit par dikke jiss | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

02/04/2006

Velkom, Mister Bigot

 

Pour ses premiers pas en tant que directeur des antennes de la RTBF, Yves Bigot (qui fut journaliste à Europe 1, Libé, Rolling Stone Magazine…) est tout excité :

 

Bigot : Je me vois bien lancer un grand rendez-vous branché de deuxième partie de soirée, style Les Enfants du Rock… De l’impertinence, des choix osés, de l’habillage moderne… 

Le comité de gestion : Un programme pour les jeunes, donc ? Faudra penser à y caler Tatayet ou Malvira. Marc Herman, peut-être aussi… Il marche bien chez les jeunes, Marc Herman… Il remplit le Centre Culturel d’Auderghem plus vite que Robbie Williams ne bourre le Stade Baudouin, notre Marc.

Bigot : Non, mais je vous arrête tout de suite. Je pense à du rock, du vrai. Avec des trips en Angleterre et tout ça…

Le soviet de gestion : Pour des trips en Angleterre, faut un partenariat avec Eurostar et ça, les centrales d’achat pub ne nous le donneront jamais ! Tout ce qu’on arrive à négocier avec ce genre de charogne capitaliste, c’est des heures gratuites de kayak sur la Lesse pour les concours Télé-Tourisme…

Bigot : Non, mais je ne parle pas de partenariats !!! J’ai vraiment en tête d’envoyer des journalistes musicaux en Angleterre filmer et interroger les groupes qui montent sur Internet ! 

Le suprême de grands leaders éclairés : Teut-teut-teut ! Internet, c’est Belgacom et ils nous ont baisé Marc Délire, ces salopards. Bernique pour qu’on leur fasse de la pub gratoche ! En plus, envoyer des journalistes quelque part, si c’est pas invité par l’internationale socialiste ou les bamboulas, on fait pas ! D’ailleurs, on a une autre idée : on va plutôt demander à des personnalités représentatives les musiques, heu… rock, donc… qu’elles préfèrent… Faire des petites capsules. C’est moins cher. Plus service public.

Bigot : Ah bah, ouais, pourquoi pas… Vous pensez à qui ? 

Kim Fil Il Pot: Guy Spitaels. Guy Coëme. Carine Vyg…non pas elle… Laurette Onkelinks. Freddy Thielemans… Michel Daerden, tiens, aussi ! Sa fille est didjé, savez-vous bien, à Michel ! Il a une photo dédicacée de Grace Jones chez lui et est très branché ballérique, comme y dit. Et puis si Bronski Beat fait son come-back, il y a aussi Elio qui sera tout content pour en parler !  

Bigot : Mais ça n’a plus rien à voir avec les Enfants du Rock ! 

Leonid Brejnev ressuscité : Et alors ? Si c’est pour nous refourguer des vieux trucs d’il y 20 ans, tu pouvais rester sous ton béret à téter ton ballon de rouge, hein, sale con de Français. C’est quoi ta prochaine idée pour nous relever de l'abîme ? Un mix de Tournez Manèges et du Francophonissime, peut-être ?

 

01:25 Écrit par dikke jiss | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |